Que les puces d'un millier de chiens galeux s'abattent sur celui qui recrache un grand bourgogne dans le crachoir sans prendre le temps de le mâcher ! Cette malédiction de caviste, déclamée avec le sourire, résume l'intensité passionnelle qui règne dans les dégustations entre amateurs. Le vin déchaîne les appétits, éveille les rivalités, provoque les excès. Revisiter les sept péchés capitaux à travers le prisme œnologique, c'est reconnaître que la passion du vin ne va jamais sans quelques travers savoureux.
Gourmandise et avarice
La gourmandise est le péché le plus courant chez le dégustateur : ouvrir une quatrième bouteille alors que la troisième suffisait, se resservir une lichette de Sauternes après le dessert, terminer le fond du magnum à trois heures du matin. L'avarice est son exact contraire : celui qui garde ses meilleures bouteilles au fond de la cave, attendant un moment hypothétique de perfection qui ne vient jamais. Que les puces d'un millier de chiens galeux rappellent aux avares que le vin est fait pour être bu, partagé, discuté, jamais pour moisir dans l'ombre d'une armoire climatisée.
Orgueil, envie et colère
L'orgueil guette celui qui prétend reconnaître un millésime à l'aveugle et refuse d'admettre son erreur. L'envie ronge l'amateur devant la cave d'un collectionneur mieux fournie. La colère éclate face à un bouchon défectueux qui ruine une bouteille attendue dix ans. Ces trois péchés cohabitent souvent lors des dégustations à l'aveugle, où l'ego de chacun est mis à rude épreuve par des syrahs déguisées en pinots noirs.
Paresse et luxure
La paresse est celle du dégustateur qui ne prend pas de notes, ne retient rien et reproduit les mêmes erreurs d'achat chaque automne. La luxure, enfin, est ce plaisir sensuel que procure un grand vin quand la robe brille, que le nez envoûte et que la bouche caresse le palais. Ce septième péché est le seul que l'on pardonne volontiers : après tout, le vin est un plaisir des sens autant que de l'esprit, et la volupté fait partie de l'expérience œnologique depuis l'Antiquité gréco-romaine.
- Gourmandise : ouvrir trop de bouteilles le même soir
- Avarice : garder ses meilleurs flacons sans jamais les ouvrir
- Orgueil : refuser d'admettre une erreur en dégustation à l'aveugle
Chaque péché a pourtant son antidote de dégustateur. Contre la gourmandise, le crachoir et un verre d'eau entre deux vins ; contre l'avarice, une date d'ouverture inscrite au feutre sur les bouteilles de garde ; contre l'orgueil, l'aveugle pratiqué régulièrement, qui rend modeste en quelques séances. L'envie se soigne en fréquentant les caves des autres amateurs et des vignerons passionnés, presque toujours prêts à partager une bouteille et une histoire de vendange. La colère devant un bouchon défectueux s'apaise si l'on garde une seconde bouteille en réserve, la paresse en tenant un carnet, même succinct. Quant à la luxure, personne n'a jamais cherché à la guérir.
